
Le long de la côte d'Opale, au Nord de la France, des milliers de personnes en exil sont contraintes de survivre dans des conditions extrêmement précaires en espérant rejoindre la côte anglaise après une traversée dangereuse en mer ou par voie terrestre. Les traversées sont de plus en plus risquées et dormir dans des campements de fortune, sans accès fiable à l’eau, à l’assainissement, à un hébergement ou aux soins ; subir des expulsions répétées ; voir leurs effets personnels confisqués deviennent le quotidien des personnes bloquées à la frontière.
Interdites de partir, interdites de rester, les personnes concernées se voient devenir dépendantes d'un système humanitaire qui tente tant bien que mal à pallier à une crise sans précédent. Les organisations présentes sur le terrain font état de violences, de risques pour la santé et de nombreux obstacles dans l’accès aux droits fondamentaux.
Depuis le démantèlement de la "grande jungle" en 2016, une politique du zéro point de fixation est en place. Elle consiste à expulser les personnes de leur lieu de survie dehors, toutes les 48h afin de disperser toujours plus loin, et ainsi de rendre invisible la situation. Les corps et les esprits s'épuisent. L'invisibilité corrélée à la déshumanisation imposée dans l'espace publique est le reflet de celle imposée dans l'espace médiatique. Elle touche la capacité des personnes en exil à parler de ce qu’elles vivent.
Les personnes déplacées sont au cœur des débats sur les migrations, mais mises dans une situation d'absence de conditions matérielles pour raconter elles-mêmes leur histoire. Leurs images, leurs parcours et leurs expériences sont fréquemment racontés par d’autres, avec des mots qui parfois, nourrissent des fantasmes mensongers et dangereux.
Cette situation est d’autant plus préoccupante que les réalités vécues sur le terrain sont complexes et, parfois, dramatiques. Les conséquences des politiques migratoires, justifiées et banalisées par une partie de la classe médiatique impliquent des conséquences directes et concrètes sur les corps et les esprits.
555 femmes, enfants et hommes ont perdu la vie à la frontière en tentant de rejoindre l’Angleterre.
Dans ce contexte, créer un média adapté aux enjeux audiovisuels d'aujourd'hui, avec et pour les personnes en exil répond à un enjeu majeur : créer les conditions adéquates pour reprendre une place dans l'espace public numérique, à un moment où la déshumanisation fabrique la haine et la violence.
Lakta a pour objectif de donner accès aux outils et à l’espace nécessaires pour raconter les histoires avec justesse et humanité tout en mettant un point d'honneur à la question de la protection des personnes et des données, dans un contexte de plus en plus hostile.
